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Réalité et perspectives

Editorial du COM.LE du Képi blanc N° 718 - 2ème partie

Elle est aussi naturellement un levier puissant qui permet à la Légion, en recourant à une catégorie de personnels qui échappe aux normes usuelles de recrutement, d’honorer son contrat opérationnel vis-à-vis de la nation avec une population d’une richesse et d’une diversité extraordinaires.

En contrepartie, le légionnaire servant sous identité déclarée est soumis à diverses restrictions dans l’exercice de ses droits de citoyens. Certains actes civils ne lui sont plus permis : mariage, passage de certains contrats, droit de vote, possession et conduite d’un véhicule hors service, héritage… Il demeure pour autant assujetti à l’imposition sur le revenu. Cette situation est librement consentie et acceptée en connaissance de cause par chacun des candidats à l’engagement. Elle constitue le “prix à payer” pour la période de réhabilitation offerte en échange. C’est une disposition garantie par la Légion, source d’obligations réciproques pour les deux parties prenantes, et dont le légionnaire est finalement le premier acteur.

Pour toutes ces raisons, l’identité déclarée constitue, à la fois pour la Légion et pour les légionnaires, une disposition essentielle qui détermine l’esprit, le style et la manière d’être de notre institution. Il ne saurait être question d’en remettre en cause le principe. Car elle fait appel à la part de combativité et de confiance en soi que le jeune légionnaire peut avoir perdue avant de s’engager.

Dans la pratique, la décision de recourir systématiquement à l’identité déclarée est un choix du commandement, car la loi en offre seulement la “possibilité”. Ce choix a été fait dans un souci de cohérence sociale pour réduire autant que possible les inégalités de départ entre tous les jeunes légionnaires. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si l’identité déclarée doit continuer à être initialement imposée à tous les candidats. Elle soulève en effet de nombreuses interrogations et sa gestion quotidienne n’est pas toujours simple à assurer :

  • elle génère une lourde charge administrative (établissement des passeports pour la projection sur les théâtres d’opérations extérieures, processus de régularisation de situation, changement de nom en cours de carrière engendrant divers travaux d’écriture…), cette situation va se compliquer encore avec la mise en place des passeports biométriques ;
  • elle ne revêt pas un caractère d’absolue nécessité pour tous les candidats ; il peut donc paraître excessif de l’imposer à ceux pour lesquels elle ne présente pas d’obligation.

L’expérience montre qu’elle est particulièrement justifiée dans deux cas :

  • quand le candidat en exprime le besoin, pour bénéficier de la protection qu’elle offre par rapport à une situation personnelle compliquée ;
  • quand le commandement en a besoin pour se donner le temps de s’assurer de la véracité des informations fournies par le candidat et éviter de recruter un légionnaire sous une fausse identité ; ce processus de contrôle peut prendre du temps quand les candidats proviennent de pays lointains avec lesquels les démarches ne sont pas faciles.

Une évolution de la pratique encadrant l’identité déclarée est donc souhaitable. Elle consisterait à accepter l’engagement des candidats directement sous identité véritable dans les cas où ni les besoins de l’intéressé ni ceux de la Légion ne motivent l’usage de l’identité déclarée. Il faut noter que, dans l’histoire de la Légion, une telle manière de faire a déjà été en vigueur.

Si une telle modification de nos règles doit être adoptée, il restera à en définir les modalités pratiques. Une solution consistant à étudier au cas par cas la situation de chacun des candidats avant de déterminer la solution optimale à appliquer paraît être la voie la plus raisonnable. Le commandement de la Légion étrangère réfléchit donc à la définition et à la mise en place d’un nouveau dispositif dans ce sens. Car cette réforme importante mérite un travail de fond et une analyse exhaustive pour ne pas prendre le risque de s’engager sur une voie trop libérale qui altèrerait notre sécurité collective. Il conviendra aussi de veiller à ce que les conditions d’égalité des chances des candidats soient préservées…

Bonne lecture à tous

Général de brigade Alain BOUQUIN

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Pour que nos anciens et nos amis comprennent mieux...

Mot du Général le 03.08.2009
A la lecture de vos messages, de vos commentaires sur les blogs internet ou de vos courriers, je constate que l'incendie de Marseille suscite de très nombreuses réactions de votre part, les unes d'indignation, d'autres d'incompréhension. C'est pourquoi j'ai souhaité pouvoir vous informer de manière très directe et très franche, et vous donner mon sentiment sur divers points.

Sur les faits en eux-mêmes, il y a malheureusement très peu à dire : il s'agit d'une connerie assez élémentaire, mais aux conséquences d'une extrême gravité, due pour l'essentiel au non respect d'une consigne.

La question des responsabilités – et donc des sanctions disciplinaires et suites judiciaires afférentes – est également relativement simple. L'enquête de commandement ordonnée par le CEMAT concorde parfaitement avec les premiers éléments exposés par le procureur de la République : la faute est individuelle et la responsabilité présumée est strictement personnelle. C'est en l'occurrence celle de l'adjudant Fontaine, directeur de tir, qui a choisi de tirer des munitions traçantes en dépit de l'interdiction d'emploi de ce type de cartouches, mesure qu'il connaissait.
Je tiens à préciser que, de mon point de vue, ces premières conclusions sont justes et qu'elles restent, tant sur le volet militaire que sur le volet judiciaire, mesurées. J'ai pu lire ici ou là que des responsabilités de niveau supérieur devaient nécessairement être impliquées. Peut-être des négligences seront-elles identifiées... Mais le niveau où la désobéissance a été commise est bien celui de l'adjudant Fontaine. Et notre code du légionnaire, comme nos traditions de discipline, exigent que ce soit effectivement ce niveau-là qui porte la responsabilité et qui soit sanctionné.
Je souhaite également rappeler que c'est pour nos meilleurs sous-officiers un honneur que d'exercer des responsabilités et des attributions relevant de postes d'officiers comme les charges de chef de section, de directeur de tir, de directeur de mise en œuvre ou de chef de site de franchissement ; il doit, en retour, être aussi de leur honneur d'assumer la responsabilité des incidents qui se produisent dans l'exercice de ces fonctions.

L'adjudant Fontaine l'a parfaitement compris : il assume avec courage et dignité sa responsabilité, sans chercher à fuir celle-ci et sans chercher non plus à en rejeter une part sur sa hiérarchie. Il mérite bien sûr une sanction : elle lui sera appliquée sans faiblesse. Mais il mérite aussi de conserver notre estime et notre camaraderie : son attitude dans l'épreuve et face à l'ampleur médiatique de sa faute est restée correcte ; la nôtre restera correcte vis-à-vis de lui et nous lui apporterons le soutien auquel il a droit en tant que frère d'arme. Son passé de soldat, sa générosité, son charisme et ses états de service le justifient pleinement.

Le retentissement médiatique de cette affaire en a surpris plus d'un. Je vous avoue que je reste moi aussi abasourdi devant la rapidité avec laquelle cet incident pour grave qu'il soit a pris une ampleur nationale. Je reste également très triste de voir le déchaînement verbal qu'il a suscité : l'outrance des propos tenus par certaines autorités locales m'a blessé, même si je comprends parfaitement que certaines d'entre elles, voyant l'agglomération menacée par les flammes, aient pu réagir avec vigueur. Certains vocables employés pour caractériser les faits, les hommes et les institutions n'avaient en tout état de cause pas lieu d'être.

La passion semble être heureusement retombée : nous avons reçu de nombreux messages d'encouragement qui nous ont aidés à faire face avec toute la dignité voulue.

Il demeure au moins une leçon à retenir : nos fautes les plus minimes peuvent désormais avoir des conséquences très lourdes sur le plan médiatique ; elles sont ainsi susceptibles d'exposer l'institution toute entière ; cela doit nous conduire à exercer une vigilance accrue et à un impérieux devoir de contrôle.

Le comportement de l'ADEFDROMIL est venu ajouter une certaine entropie à l'affaire. Sans surprise. Certains d'entre vous semblent étonnés que nous n'ayons pas réagi avec davantage de vigueur aux allégations tenues par cette association. Deux raisons motivent notre silence : l'ADEFDROMIL n'est pas reconnue en tant qu'interlocuteur par le ministère, et il n'y a donc pas lieu d'engager le fer avec elle ; l'expérience montre par ailleurs que l'ADEFDROMIL se nourrit médiatiquement de nos réactions, ce qui a pour effet de faire durer les polémiques quand l'apaisement serait préférable. Aussi frustrante que puisse paraître notre passivité sur le terrain de la communication, elle constituait la seule attitude efficace à adopter.

Il me reste une inquiétude majeure : l'accumulation d'incidents graves dans lesquels la Légion est impliquée depuis près d'un an est de nature à fragiliser l'institution. Vous connaissez aussi bien que moi les affaires auxquelles je fais référence. Nous pouvons préférer croire à une suite malencontreuse de défaillances individuelles. Mais d'autres seront tentés d'y voir une faillite collective et de nous demander des comptes. Notre capital de confiance en est durablement altéré.

Nous devons reconquérir cette confiance, celle de nos chefs tout particulièrement. Il serait illusoire de croire que cela se fera rapidement et sans remise en cause. Il nous faudra patiemment regagner notre crédibilité. Il nous faudra prouver que nous sommes capables de nous poser des questions et d'y apporter des réponses. Il nous faudra corriger ce qui doit l'être sans complaisance. Il nous faudra démontrer que nous restons une force combattante fiable sur laquelle notre pays sait pouvoir compter en opérations.

C'est à cet exercice de « rédemption collective » auquel je crois devoir vous inviter. Vous, nos anciens, à votre manière, êtes en mesure de porter témoignage de la force et de la solidité de la Légion étrangère qui a su traverser d'autres épreuves au cours de son histoire. C'est en affichant votre tranquille assurance et votre courage face à l'adversité que vous apporterez votre pierre à l'édifice. L'heure des propos amers qui ont pu être les vôtres est maintenant passée, pour légitime que soit cette amertume ; c'est un discours positif, volontariste, tourné vers l'avenir et vers la reconstruction, qui sera de nature à m'aider dans le vaste chantier de reconquête des cœurs qui nous attend ensemble.

Le Général de brigade Alain BOUQUIN

Commandant la Légion étrangère
Au moment de prendre ses fonctions, le général Alain BOUQUIN, nouveau général commandant la Légion étrangère depuis le 1er juillet 2009, a tenu à rappeler les idées fortes qui animeront son action.

« Parce que la Légion étrangère est avant tout une force combattante toute entière tournée vers l'engagement opérationnel, ma mission première consistera à rendre prioritaire toute ce qui concoure à cette finalité.

La Légion étrangère, est très largement composée d'étrangers. Elle a pour raison d'être, et c'est là le cœur de sa spécificité, de mener au combat des hommes de toutes races, toutes nationalités et toutes religions. Cette situation originale oblige les cadres de la Légion étrangère à un style de commandement très particulier, juste compromis entre une discipline exigeante, propres aux unités de combat et une attention constante à porter à des subordonnés, hommes déracinés au profil particulier, mais en même temps soldats d'élite. Je serai le garant de ce style de commandement.

La Légion étrangère n'est ni une milice privée, ni une unité de mercenaires. Son drapeau est celui de la France et son cadre d'emploi celui des armées de notre pays. C'est dans ce cadre que s'inscrira mon action en tant que COM.LE. On peut à la fois être fier de notre spécificité et être capable de fondre notre caractère dans le moule commun pour mieux mettre au service de la France nos savoir-faire et nos qualités.

Ces trois idées fortes, que j'aurai l'occasion de rappeler au cours des mois qui viennent, constitueront mon guide, ma référence permanente et l'étalon de mesure de notre réussite. »

Le Général de brigade Alain BOUQUIN
Photo : Képi blanc - photo officielle du COM.LE